L’amour en pointillés

Sur ce thème, je ne résiste pas au partage de ce texte trouvé au hasard des lectures de  commentaires sur Médiapart…

« Madame La Virgule et Monsieur Du Tréma
Devaient se marier dans un mois.
Mais voilà qu’elle apprend que son futur, l’infâme,
Est actuellement l’ami d’une autre femme.
Elle le fait venir, ils sont dans le salon.
Lui ne sait pas encore qu’elle en sait aussi long.
Très nerveuse, elle sonne.
Un serviteur fidèle entre, c’est Guillemet.
Elle, ayant besoin d’air et montrant à Guillemet les fenêtres, lui dit :
« Ouvrez-les, Guillemet » et Guillemet les ouvrit.
Alors, calmée un peu par les odeurs champêtres,
De nouveau montrant à Guillemet les fenêtres :
« Fermez-les, Guillemet » et Guillemet les ferma.
Madame la Virgule et Monsieur Du Tréma restèrent seuls.
« J’étais, lui dit-elle, fort aise,
Mon cher monsieur, d’entrer dans votre parenthèse.
Mais puisqu’une autre femme est mieux à votre goût que moi …
Ne niez pas monsieur, car je sais tout.
Elle est jeune, jolie, se nomme Cédille,
Danseuse à l’opéra dans le premier quadrille.
Brisons là! » Tout cela dit d’un accent aigu.
Le pauvre Du Tréma, piteux mais convaincu
Qu’on se tire toujours d’affaires en étant brave
Riposta d’un air digne avec un accent grave :
« Madame »
« Assez monsieur, point d’exclamation !
Je ne souffrirai point d’interrogation. Adieu ! »
Le pauvre Du Tréma était très philosophe
Mais vraiment sous le coup d’une telle apostrophe
Et comprenant le faux de sa situation
Il renonça soudain à tout trait d’union.
Prenant l’air fort pincé de quelqu’un qui se vexe,
Il fronça les sourcils en accent circonflexe
Et se sentant coupable au fond sur plusieurs points,
Il sortit brusquement en serrant les deux poings.
Une femme frappée ainsi d’un coup si traître,
Mais c’est affreux, mais c’est la mort
Et vous croyez peut-être que madame La Virgule en mourut ?
Oh non non non … bien loin.
Elle s’éprit d’un autre, un certain monsieur Point
Et bientôt eut lieu sans que ce fut ridicule
Le mariage très sélect Point et Virgule.
Ils eurent des enfants et l’on peut à Chatou
Voir pêcher plus d’un point à la ligne.
C’est tout. »

Tiré des morceaux à lire de Paul BILHAUT aux Éditions BEAUCHEMIN, 1945

 

 

 

Juliette : L’amour en pointillés
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